Les jetons forment l’un des aspects de la numismatique. Ils n’avaient pas de valeur monétaire mais leur aspect est tout à fait comparable à celui des monnaies: un petit disque de métal avec le plus souvent une légende sur son pourtour. A l’origine, les jetons servaient à compter. Puis ils devinrent à partir du XVIIe siècle un instrument de la propagande royale, à l’instar des médailles. Enfin, au XIXe siècle, les jetons sont principalement émis par les sociétés, comme forme de gratification pour les actionnaires participant aux assemblées générales.
Au Moyen-Age: un instrument de compte
Dans l’empire romain, on utilisait pour faire les comptes un principe similaire à celui du boulier chinois. Au lieu de boules coulissant sur une tige, c’était des cailloux ou des jetons en os que l’on plaçait sur un abaque (un plateau) divisé en colonnes ou en cases. Au Moyen-Age, les opérations n’étaient pas plus faciles que dans l’Antiquité, pour deux raisons principales:
- Par habitude on comptait toujours en chiffres romains. Les chiffres arabes ne commencèrent à se diffuser vraiment en Occident qu’à partir des croisades. Mais leur usage mit longtemps à devenir une réalité quotidienne. Les administrations conservèrent même les chiffres romains jusqu’au XVIIIe siècle!
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Le système monétaire de compte était duodécimal: une livre valait 20 sous et chaque sou 12 deniers. Faites l’expérience d’une simple addition: 2£ 6s 3d + 1£ 1s 11d ? Difficile à faire de tête…
La date d’apparition des premiers jetons fabriqués spécifiquement est très incertaine. Il semble que l’on ait commencé à en frapper en Europe à partir du XIIe ou du XIIIe siècle, tout d’abord de manière assez locale. Mais bientôt certaines villes, comme Tournai, réussirent à diffuser largement leur production dans le royaume de France.
A cette époque, les motifs apparaissant sur les jetons sont, dans la plupart des cas, soit la reproduction de monnaies contemporaines, soit des sujets assez simples: écusson, animal, champ fleurdelisé…
Beaucoup de jetons portent des légendes religieuses, comme par exemple: «Ave Maria Gracia Plena». Mais d’autres sont plus explicites quant à leur usage ou leur matière, ainsi:
- « De Laiton Suis », mettant en garde de les confondre avec la monnaie d’or ou d’argent qu’ils reproduisent
- « Gettes Seurement », soit en français moderne: jetez [compter] sûrement
- « Gardes Vous de Mescompter », c’est à dire: ne me donnez pas en paiement!
A ces jetons proprement dits, les collectionneurs associent souvent les méreaux. Ceux-ci étaient des « monnaies de convention » utilisées par les institutions religieuses pour leurs actes de charités. Plutôt que de donner une pièce de monnaie que les pauvres auraient pu dépenser pour boire, elles donnaient ces « contremarques » qui ne pouvaient être échangées que contre du pain, du bois etc.
Du XVIe au XVIIIe siècle : un « souvenir » très à la mode
Chaque monnaie est un témoin de son époque. Elle peut révéler des informations précieuses sur les dirigeants, les événements marquants ou encore les échanges commerciaux. Étudier les monnaies, c’est donc aussi mieux comprendre le passé et les évolutions du monde.
A partir de la Renaissance, le jeton commence à évoluer vers une forme de rétribution, on le frappe alors dans un métal précieux. Ainsi on pouvait offrir pour les étrennes une bourse de 100 jetons d’argent. Petit à petit, on prit aussi l’habitude d’en émettre annuellement et d’y faire figurer des thèmes évoquant un fait marquant de l’année écoulée.
Sous Louis XIV, cet usage devient prépondérant. Le jeton est alors conçu comme une petite médaille dont le sujet sert la propagande royale. Les séries de jetons frappées par les grandes administrations est clairement envisagée comme une chronique du règne, destinée à traverser les siècles…
La mode du jeton se diffuse également dans la noblesse et les corporations qui en général y font figurer leurs armoiries ou emblèmes.
Sur les jetons royaux, les grands évènements : victoires, traités de paix, grands travaux…, se trouvent au revers. Ils sont illustrés pas des scènes allégoriques et évoqués par des légendes pleines d’esprit.
Celles-ci, comme celles des médailles, étaient imaginées par des spécialistes, membres de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, créées dans ce but. La fabrication devint un monopole d’état et il est assez piquant de voir tous ces beaux jetons des XVI et XVIIe siècles, bien frappés au balancier alors que les monnaies royales l’étaient encore très médiocrement au marteau! Cependant la concurrence étrangère était rude et de très nombreux jetons aux types royaux provenaient de Nuremberg qui produisait moins cher d’assez beaux jetons royaux mais aussi parfois des exemplaires de mauvaise qualité, confinant à la caricature.
Depuis le XIXe siècle
Avec la révolution industrielle, le jeton se privatisa et devint « jeton de présence ». Le plus souvent en argent, il servait à rétribuer la participation des actionnaires aux assemblées générales. Les banques et les assurances notamment émirent beaucoup de jetons, gravés par des artistes de renom.
A lire ou consulter sur le sujet (des rééditions existent)
- Blanchet et Dieudonné «Manuel de Numismatique Française», tome III : Médailles, jetons, méreaux, Paris 1912-1936
- Collection Feuardent «Jetons et Méreaux depuis Louis IX jusqu’à la fin du Consulat de Bonaparte», 1904
- Pour les jetons du Moyen-Age : catalogue de la collection Rouyer « Jetons et méreaux du Moyen-Age », Bibliothèque Nationale, 1899